Sujets de l'année 2022 - 2023

Aducanumab, un médicament contesté pour Alzheimer

Tuteurs : Benjamin Lemoine, Carole-Anne Tisserand

Description :
En dépit des résultats contradictoires de deux essais cliniques, EMERGE et ENGAGE, et de l’avis défavorable d’un comité consultatif d'experts indépendants qui a examiné les données des essais cliniques, la FDA (Food & Drug Administration) - dont l’un des mandats est d'autoriser la commercialisation des médicaments sur le territoire des Etats-Unis - a pris la décision le 7 juin 2021 d’accorder une autorisation de mise sur le marché d’un nouveau médicament agissant sur l’une des causes probables de la maladie d’Alzheimer, l’accumulation de dépôts amyloïdes dans le cerveau (connue comme "amyloid hypothesis"). L'aducanumab est commercialisé par Biogen sous le nom Aduhelm. Il s’agit d’immunothérapie (ou biothérapie), le principe est que l’injection de l’anticorps monoclonal aducanumab cible précisément la protéine amyloïde et la protéine tau pour limiter ou retarder leur accumulation toxique dans le cerveau. L'autorisation délivrée par la FDA est assortie d'une condition : Biogen dispose d'un délai de neuf ans pour vérifier le bénéfice clinique dans un nouvel essai post-approbation. Si l’avantage clinique attendu n’est pas confirmé dans cet essai clinique, la FDA se réserve la possibilité d’engager une procédure pour retirer l’autorisation du médicament. Quelques mois plus tard, le 17 décembre 2021, l'Agence européenne des médicaments (EMA) rend un avis négatif quant à l'autorisation de l'aducanumab pour l'Union européenne. Les conditions de la mise sur le marché du traitement aux Etats Unis et le refus de son autorisation en Europe divisent, soulevant, notamment pour les scientifiques et les organisations de patients et les acteurs de la régulation et de la production des produits pharmaceutiques, nombre de questions, parmi lesquelles celles du coût (estimé initialement aux Etats Unis à 56 000 USD par individu et par an, puis 28 000 USD), de l'efficacité du traitement ou des indicateurs retenus pour la mesurer, ou encore de l’innovation en matière de traitements de la maladie d’Alzheimer.

Assurance des récoltes: un revenu pour les agriculteurs face à l'augmentation des risques climatiques?

Tuteurs : Béatrice Cointe, Roman Solé-Pomies

Description :
"Le changement climatique entraîne des perturbations de la production agricole de plus en plus fréquentes et de plus ou plus importantes. Dans ce contexte, le gouvernement français a souhaité réformer le régime d’assurance des récoltes en transférant une partie de l’indemnisation autrefois assumée par l’Etat vers des assureurs privés. Cette réforme n’a pas fait l’unanimité : elle est accusée d’être injuste, car profitant à une minorité de gros agriculteurs ; elle est de plus coûteuse pour l’État qui subventionne les assureurs, ce qui est critiqué par certains qui considèrent que l’argent serait mieux employé autrement pour le même objectif, et par des économistes qui considèrent que cela introduit des distorsions sur le marché ; le calcul de la base sur laquelle évaluer les préjudices est problématique quand l’instabilité climatique devient permanente ; ce régime assurantiel aurait par ailleurs d’importantes conséquences sur les pratiques agricoles qui seraient loin d’être vertueuses du point de vue environnemental ; certains acteurs soutiennent que la solution aux aléas climatiques est au moins autant à rechercher dans l’évolution de ces pratiques que dans un système d’assurances. En bref, même si la réforme a été adoptée, la question de savoir comment assurer un revenu aux agriculteurs en contexte de changement climatique reste encore largement controversée."

Betteraves, oiseaux et néonicotinoïdes

Tuteurs : Madeleine Akrich, Jean Goisauskas

Description :
La betterave jaunit, les virus transmis par les pucerons bloquent la photosynthèse, signifiant d’après certaines sources une perte de rendement des cultures de 50%. En 2020, en raison des difficultés traversées par la filière de la betterave sucrière, le ministre de l'agriculture lui a accordé une dérogation pour une utilisation des néonicotinoïdes en enrobage de semences. Cette classe de pesticides ciblant les insectes est en effet interdite dans l'agriculture française par la loi de 2016 sur la biodiversité (la loi stipule que l’utilisation de produis contenant une ou des substances actives de la famille des néonicotinoïdes et de semences traitées avec ces produits est interdite à compter du 1er septembre 2018). Depuis septembre 2018 le règlement européen sur les phytosanitaires a mis fin aux autorisations des substances les plus utilisées. La décision du ministère s’appuie sur l’article 53 du règlement européen qui permet de déroger à l’interdiction de certains produits s’il existe un « danger qui ne peut être maîtrisé par d’autres moyens raisonnables ». La justification de cette dérogation par la gravité de la situation, mais aussi l’efficacité d’une telle mesure de soutien aux betteraviers sont loin de faire consensus. D’autres situations alarmantes réclament une particulière attention, insistent les chercheurs et les associations et partis politiques engagés dans la préservation de la biodiversité, celle de la diminution de la population d’abeilles et plus généralement d’insectes, dont une des conséquences est la disparition d’une part importante de la population d’oiseaux.

Bien-être animal : le sexage in ovo est-il la solution pour un élevage éthique de la volaille ?

Tuteurs : Allyson Pallisser, Vololona Rabeharisoa

Description :
Chaque année, 50 millions de poussins mâles sont éliminés car, ne pondant pas d'œufs, leur élevage est considéré comme non rentable. A partir de janvier 2022, les techniques les plus usitées de broyage et de gazage des poussins mâles prendra fin, annonçait le ministre de l'agriculture Julien Denormandie, le 19 juillet 2021, donnant cinq mois aux accouveurs pour s’équiper d’infrastructures de sexage alternatives. Trois solutions se présentent aux accouveurs et éleveurs : élevage de volailles à double usage (chair et œufs), élevage des poussins mâles et sexage in ovo. Le Comité National pour la Promotion de l’Œuf (CNPO), sans être opposé à la mesure, s’inquiète, d’une part, des problèmes posés par la mise en place des moyens techniques de sexage in ovo, et d’autre part, de l’insuffisance des aides prévues par le plan France Relance (10 millions d'euros prévus) pour financer les aménagements : le surcout de production doit-il être répercuté sur le prix payé par le consommateur et comment ? Le délai est pour l’heure repoussé au 31 décembre 2022. Différentes techniques ont été développées par des entreprises allemandes et sont aujourd’hui opérationnelles, d’autres sont en cours d’étude. Certaines associations qui militent de longue date pour le bien-être animal, dont le CIWF ou Vegan Impact, se félicitent de l’avancée, mais « regrettent un certain manque d’ambition » : la technique évite-elle la souffrance animale - « en l’état actuel des connaissances, l’activité cérébrale de l’embryon semble débuter le 13e jour, et des doutes subsistent sur une possible sensibilité des embryons dès leur 7e jour » ? Pourquoi les mesures ne s’appliquent elles pas à d’autres volailles, en particulier les cannetons femelles éliminées par les producteurs de foie gras ?

D’où vient le SARS-CoV2 ? Une controverse totale

Tuteurs : Allyson Pallisser, Vololona Rabeharisoa

Description :
L’origine du SARS-CoV2, responsable de la pandémie de Covid-19, fait l’objet de controverses qui se poursuivent jusqu’à aujourd’hui. Si les regards se sont d’abord tournés vers la ville de Wuhan et son marché d’animaux vivants sauvages d’où le virus se serait répandu, d’autres hypothèses sont apparues, depuis la fuite du virus des laboratoires de virologie où il aurait été créé jusqu’à un complot ourdi par la Chine. Zoonose ? Conséquence accidentelle d’un technicisme débridé ? Arme biologique ? La controverse a très vite et très largement débordé du milieu scientifique : des enquêtes sont diligentées par l’OMS, des experts se sont exprimés dans les médias, des organisations dénoncent les Etats qui auraient noué des contrats juteux de création de laboratoires où sont manipulés des virus extrêmement dangereux, des institutions de recherche mettent en garde contre les « fake news ». Entre quête de la vérité et procès en responsabilité, la question demeure sur ce que l’on sait.

Écologiser l’agriculture intensive : le label HVE

Tuteurs : Clément Marquet, Florence Paterson

Description :
En 2015, suite aux engagements du Grenelle de l’environnement pris en 2007, le label « Haute Valeur Environnementale » (HVE) est proposé par le Ministère de l’Agriculture (et de l’alimentation) pour encourager les établissements agricoles à prendre compte de nombreux critères environnementaux. Sur une ligne différente du label AB (Bio) qui vise essentiellement la non-utilisation de pesticide et d’OGM, le label HVE a pour cible l’amélioration de la biodiversité, promouvant une large gamme de pratiques, d’outils et de semences. A sa sortie, le label HVE est porteur de nombreux espoirs : il est endossé par les associations pour la protection de l’environnement telles France Nature Environnement, Greenpeace et WWF. En quelques années, le label connaît un grand succès, de nombreuses exploitations agricoles se mettant en conformité. Pourtant, en 2020 le label HVE est sous le feu des critiques : les associations environnementales retirent leur soutien et s’associent à la Confédération Paysanne pour dénoncer « le label du greenwashing écologique ». Selon un nombre croissant d’acteurs, le label HVE ferait concurrence au label Bio, avec un cahier des charges bien moins exigeant, et induiraient les consommateurs en erreur. Les labels ne seraient pas complémentaires, mais concurrents. Au contraire, les promoteurs du label HVE vantent un cahier des charges flexible, enclin à favoriser la transition de l’agriculture conventionnelle vers un modèle plus vertueux, ce que ne pourrait permettre la rigidité du label bio. Le label HVE est-il trompeur pour les consommateurs ? Comment accompagner la transformation de l’agriculture conventionnelle vers des modèles plus responsables environnementalement ? Les labels sont-ils des outils pertinents dans l’écologisation des pratiques agricoles ? Le controverse HVE et ses multiples ramifications (médiatiques, juridiques, techniques, administratives) donne l’occasion d’interroger les modalités de la bifurcation des organisations industrielles.

Enclaves de la nature: : la controverse « sharing vs. Sparing »

Tuteurs : Clément Foutrel, Kewan Mertens

Description :
Faut-il enclaver la nature pour la protéger ? Certain(e)s disent qu’il faut créer des endroits d’ensauvagement, intouchés par l’humain, tandis que d’autres argumentent au contraire qu’il vaut mieux créer du lien direct, qu’il faut apprendre à « vivre avec la nature ». C’est un grand débat qui englobe un grand nombre de sujets d’actualité. Nous n’allons pas plonger dans ce débat à partir des enclaves en tant que tel, mais plutôt prendre une approche indirecte, par le biais d’une autre controverse tout aussi intéressante : « Sharing vs. Sparing ». L’espace à notre disposition étant limité, vaut-il mieux l’exploiter de façon intensive ou extensive ? Vaut-il mieux partager l’espace avec la nature, ou lui préserver certaines aires dédiées ? L’argument de ce débat est qu’une exploitation extensive serait plus accueillante pour d’autres espèces, mais nécessiterait plus d’espace, tandis qu’une exploitation intensive créerait bien « des zones mortes », mais permettrait en même temps de libérer des espaces plus larges dans lesquels la nature pourrait foisonner. Ce débat, formulé en termes efficacité et de trade-offs, suscite des émotions fortes chez certains acteurs, tandis que les hypothèses sur lesquels il se base manquent souvent de fondations stables. Il mérite donc d’être décortiqué. Deux pistes peuvent être explorées pour cette controverse. A l’origine la controverse s’intéressait essentiellement à la question agricole : vaut-il mieux une agriculture organique, ou une agriculture intensive ? Plus tard, la thématique s’est élargie vers d’autres sujets : pour préserver la nature, vaut-il mieux vivre dans des villes, ou au contraire à la campagne ? Nous vous invitons à vous concentrer sur l’une de ces deux pistes. Au final, la question reste similaire : quel système de production, quel mode de vie permet aux humains et non-humains de (sur)vivre ?

Glyphosate, l’histoire sans fin

Tuteurs : Clément Foutrel, Kewan Mertens

Description :
"Depuis plus de 20 ans, le glyphosate (ou Roundup) fait l’objet d’une contestation soutenue qui concerne notamment ses effets sur la santé, sur l’environnement ainsi que le modèle agricole qui lui est associé. Cette contestation a été renforcée par le classement en 2015 de cette substance en tant que cancérogène probable. Un mouvement semblait se dessiner vers son interdiction : en 2017, il a été ré-autorisé au niveau européen pour 5 ans avec en ligne de mire une cessation de cette utilisation en 2022. Cependant, ce n’est pas le chemin qui semble se dessiner au grand dam des opposants. Les agriculteurs conventionnels s’en félicitent, dénonçant les distorsions de concurrence, les dangers sur la souveraineté alimentaire et des effets sur la qualité du sol. Les opposants mettent en avant les études qui se multiplient et montreraient les effets délétères du glyphosate. La question est posée de la manière dont les décisions sont prises dans les grandes agences sanitaires et agricoles et des formes d’expertise mobilisées."

Instruction en famille : vecteur de séparatisme ou alternative indispensable ?

Tuteurs : Abdoulaye Diaw, Morgan Meyer

Description :
"École à la maison, scolarisation à domicile, instruction dans la famille, instruction en famille, IEF, non-sco, homeschooling, unschooling… ”, le sociologue Philippe Bongrand relevait une diversité de façons de nommer une situation qu'il décrivait en 2018 comme un "phénomène émergent" et "relativement peu institutionnalisée". La situation change à partir de la rentrée 2022, avec l’entrée en vigueur la loi du 24 août 2021 "confortant le respect des principes de la République", qui durcit les dispositions relatives à l’instruction en famille. Au lieu d’une simple déclaration au directeur académique des services de l’éducation nationale (DASEN) et au maire, la loi prescrit que les familles concernées déposent auprès du DASEN une demande d’autorisation d’IEF (instruction en famille), dans laquelle elles auront rédigé un projet éducatif. Au moment où la loi était discutée par les parlementaires, et répondant au discours prononcé par le Président de la République aux Mureaux le 2 octobre 2020, le député Cédric Villani écrivait dans une tribune publiée le 9 février 2021 par Le Monde : "Aucune corrélation n’a pu être établie entre l’instruction en famille et le séparatisme ! L’amalgame abaissant avec la radicalisation est fait sans la moindre preuve, sans chiffres, et contredit les propres propos antérieurs du gouvernement sur le sujet". Des associations et de collectifs pour l’instruction en famille mobilisent les media, s’identifient, se mobilisent pour enquêter et réclamer un retour aux dispositions légales antérieures. Le CNCPH-Conseil national consultatif des Personnes handicapées émet un défavorable quant aux modalités prévues de délivrance de l’autorisation d’instruction aux familles.

L’éolien en mer : atout essentiel de la transition énergétique ou nuisance inutile ?

Tuteurs : Madeleine Akrich, Jean Goisauskas

Description :
La filière offshore « fait partie du plan de relance économique durable envisagé par le Gouvernement, en proposant un « Wind Deal », dans la perspective plus large d’un « Green Deal » français et européen », qui « comptera à elle seule 4 usines d’éoliennes et de composants majeurs (Montoir-de-Bretagne, Saint-Nazaire, Cherbourg et le Havre) sur le territoire français », annonce France énergie éolienne. Pour le gouvernement, il est essentiel pour la transition énergétique et pour que les objectifs de neutralité carbone puissent être atteints que la France rattrape son retard sur le développement de l’énergie éolienne, notamment l’éolien en mer. Saisie par les autorités, en particulier dans la perspective d’améliorer l’acceptabilité des projets, la CNDP (Commission nationale du débat public) multiplie les concertations. La construction de ces infrastructures a été retardée ? Les nombreux recours déposés auprès des tribunaux par les associations anti-éolien y ont largement contribué, rapporte la presse. Danger que les oiseaux migrateurs percutent les pales, impact sur le paysage et donc le tourisme, risque de modification drastique des écosystèmes et des fonds marins et par là forte diminution des ressources, sont quelques-uns des risques et nuisances que dénoncent les associations et collectifs (écologistes, de riverains, de professionnels de la pêche…) opposés à la construction d’éoliennes offshore. Malgré la réalisation d’études scientifiques d'impacts commanditées par le gouvernement, les opposants persistent à souligner que l'environnement en mer reste mal connu et les impacts potentiels difficiles à estimer. De même, les résultats d’exploitation des infrastructures existantes sont contestés.

L’exploitation minière sous-marine, une nécessité pour la transition ou un désastre écologique à venir ?

Tuteurs : Madeleine Akrich, Jean Goisauskas

Description :
Les nouvelles technologies, et notamment certaines considérées comme indispensables pour une transition verte, demandent des matériaux pour lesquels l’approvisionnement terrestre est compliqué : raréfaction des ressources, opposition au développement de nouvelles mines etc. Du point de vue de certains acteurs, la solution à ces difficultés est toute trouvée : il suffit de prélever les nodules polymétalliques qui se trouvent sur les fonds marins parfois en grande quantité et qui recèlent des proportions importantes de métaux comme le manganèse, le cobalt, le nickel, ou le cuivre. Outre les difficultés techniques qui restent encore à surmonter pour rendre viable cette exploitation, un certain nombre d’acteurs s’inquiètent des conséquences multiples d’une telle exploitation : destruction de la faune et de la flore abyssales dont on connaît la croissance très lente, étouffement des récits coralliens par les sédiments mis en suspension, fuites diverses lors de l’exploitation, perturbation de la faune par le bruit produit etc. Ils estiment par ailleurs que l’évaluation de l’impact de l’exploitation est quasi-impossible à faire en raison du faible niveau de connaissances que l’on a sur ces écosystèmes. Certains pays prônent un moratoire sur l’exploitation minière sous-marine, mais la France, qui possède le deuxième domaine maritime mondial, ne se précipite pas pour les rejoindre.

L’inflation : nouvelles causes climatiques et vieilles recettes ?

Tuteurs : Benjamin Lemoine, Carole-Anne Tisserand

Description :
"Initialement perçue comme provisoire, liée à la reprise post-pandémie, puis aux conséquences des difficultés d’approvisionnement en matière première occasionnés par la guerre en Ukraine, l’inflation s’installe durablement dans le paysage économique et monétaire contemporain. Sciences sociales (économistes, sociologues, historiens), monde politique (représentants parlementaires, gouvernements), institutions publiques (Trésors, banques centrales) et organisations privées (banques, assurances, investisseurs) s’affrontent pour définir ses causes et surtout baliser la liste légitime de solutions. Le phénomène n’est pas nouveau et la tentation d’appréhender l’inflation de la même façon que les épisodes du passé (après la seconde guerre mondiale, pendant les années 1970) est importante. Mais ne serait-on pas face à une nouvelle forme d’inflation, qui aurait cette fois-ci des causes environnementales ? Est-il possible de raisonner comme à l’époque des débuts de l’anthropocène : c’est-à-dire comme sila surchauffe ou non de l’économie, l’emballement de la demande, et de la masse monétaire, pouvaient être des curseurs s’ajustant en fonction d’un horizon de croissance économique indiscutable ? Enfin qui est victime et/ou lésé par l’inflation : les épargnants, les consommateurs, la classe moyenne ? Existe-t-il des profiteurs de l’inflation ? Les banques centrales aujourd’hui ont-elles des marges de manœuvre : entre l’injonction des « faucons » à resserrer le crédit et les besoins des États souverains qui pourraient souffrir d’une hausse de leur taux de refinancement au moment d’emprunter ? Au contraire, l’inflation ne vient-elle pas soulager les finances publiques en érodant la valeur réelle des sommes à rembourser ? Cette controverse invite à analyser la façon dont l’inflation est traitée dans le débat public, comme le problème est déplacé d’une arène institutionnelle à l’autre, et surtout comment les perspectives climatiques contemporaines viennent percuter nos représentations économiques et sociales stabilisées. "

La création du délit d'écocide, une bonne idée?

Tuteurs : Clément Foutrel, Kewan Mertens

Description :
Novembre 2020, le garde des Sceaux et la ministre de la Transition écologique annoncent la création du délit d'écocide, qui doit prochainement faire l’objet d’un projet de loi soumis à la discussion et au vote du Parlement. L’ambition de certains défenseurs de l’environnement est de faire entrer le concept d’écocide dans le droit international, or, affirment-ils, le projet de loi annoncé non seulement entre en contradiction avec la définition de l'incrimination envisagée pour la Cour pénale internationale (CPI), mais risque vider le concept de son sens : tel qu’il est défini dans ce projet, écocide équivaut à pollution. Si l’ambition est bien de légiférer à propos d’un délit de pollution, certains exigent alors l’abandon du mot écocide. L’écocide en tant que crime doit, de leur point de vue, être réservé aux textes qui pourraient dans le futur être soumis à la discussion des représentants politiques autour d’enjeux écologiques majeurs autrement plus décisifs pour l’avenir de la planète. A plus court terme, contestant aussi l’efficacité du projet de loi, d’autres dénoncent son probable impact économique : quid de l’attrait de la France pour des investisseurs soucieux de leur sécurité juridique et qui auront tôt fait de développer leurs activités manufacturières ailleurs ? D’autres avancent au contraire que la création du délit d’écocide est un premier pas nécessaire, une avancée incontestable dans la lutte contre les effets du dérèglement climatique et de l'érosion de la biodiversité. En février 2021, le Conseil d’état rappelait que le délit envisagé portait sur des faits déjà sanctionnés et risquait ainsi d’être inconstitutionnel. En juin 2021, le Sénat votait la suppression du délit d’écocide. C’est quoi un écocide ? Pour un ensemble d’acteurs, ONG, collectifs associatifs, juristes, sociologues, politologues français et internationaux, mais aussi membres de la Convention citoyenne sur le climat, parlementaires français et européens, il y a urgence à examiner précisément la question et à statuer sur une définition.

La dé-extinction des espèces : une entreprise souhaitable ?

Tuteurs : Béatrice Cointe, Roman Solé-Pomies

Description :
Des scientifiques proposent faire revivre des espèces disparues en utilisant l’ADN conservé (dans des « zoos de glace » disent certains) pour recréer un embryon et l’implanter chez une femelle porteuse. Une start-up nord-américaine de « dé-extinction », dirigée par un généticien de Harvard, a même levé des fonds en vue de ressusciter le mammouth laineux. S’agit-il de science-fiction ou l’entreprise est-elle réalisable ? L’illusion serait-elle d’aboutir uniquement à produire des espèces hybrides ? Si ce projet voyait le jour, quelles espèces disparues serait-il préférable de choisir ? Le projet est éthiquement contestable clament certains. Pourquoi tenter des résurrections quand il reste tant d’espèces en danger à protéger ? Créer des animaux de zoo ou de laboratoire n’est-ce pas aussi créer une existence de captivité ? Le projet contribuerait-il à aggraver le réchauffement climatique ?

La sobriété énergétique peut-elle suffire ?

Tuteurs : Marguerite Déon, Alexandre Mallard

Description :
"L’inquiétude croissante face au changement climatique combinée à la crise énergétique provoquée par la guerre en Ukraine ont remis la notion de sobriété énergétique au cœur des débats, comme en témoigne de récent Plan Sobriété Energétique annoncé par le gouvernement. Alors que, traditionnellement, la prospective énergétique tend à supposer une augmentation de la consommation d’énergie, la sobriété envisage des transformations des comportements et habitudes de façon à diminuer cette consommation. Elle va souvent de pair avec la recherche d’efficacité énergétique (utiliser moins d’énergie pour le même résultat). Si le débat politique et médiatique peut sembler nouveau, la question fait l’objet de discussions entre experts depuis les années 70 et la publication de « Energy Strategy : the road not taken » par Amory Lovins ; en France, l’association négaWatt, fondée en 2001, publie régulièrement des scénarios basés sur la réduction de la demande énergétiques. La question attire une attention scientifique croissante, comme en témoigne l’inclusion, pour la première fois, d’un chapitre sur la demande énergétique dans le dernier rapport du GIEC. Faut-il opposer innovation technologique et changements des comportements ? Une baisse des consommation énergétique peut-elle se faire en préservant, voire en améliorant, le niveau de vie ? Comment combiner sobriété et justice sociale et, au niveau global, développement ? La focale sur la sobriété risque-t-elle de faire peser la transition énergétique sur les individus, au détriment de transformations systémiques ?"

Le captage et le stockage du CO2, une nécessité pour le climat ?

Tuteurs : Clément Marquet, Florence Paterson

Description :
Le captage et le stockage du CO2 visent à récupérer le CO2 produit par les industriels au lieu de le laisser s’échapper dans l’atmosphère et à l’injecter dans des réservoirs souterrains ou sous-marins afin de l’empêcher d’agir sur le climat. Malgré des débuts un peu poussifs, cette technologie revient sur le devant de la scène : pour un certain nombre d’acteurs, elle est indispensable face à l’urgence climatique et à l’impossibilité de décarboner l’industrie à brève échéance. Pour d’autres, c’est à l’inverse une très mauvaise idée pour de multiples raisons : les problèmes techniques sont loin d’être résolus ; la mise en œuvre promet d’être très coûteuse notamment en énergie ; les risques pour les êtres vivants et l’environnement sont loin d’être négligeables ; enfin, le développement de ces installations permet de faire perdurer des industries qui devraient se réformer et freine la recherche d’alternatives.

Le déclin des insectes, une réalité inquiétante?

Tuteurs : Allyson Pallisser, Vololona Rabeharisoa

Description :
Au cours du dernier quart de siècle, plus des deux tiers des insectes volants ont disparu ! Voici le cri d’alarme lancé en 2017 par un collectif de chercheurs allemands (Hallmann et al., 2017). Les réactions ne se font pas attendre, dans les publications scientifiques comme dans les médias : description exagérée d’un état d’apocalypse, pour les uns, phénomène probable de déclin dont la mesure n’a encore pas été prise et face auquel la prudence serait de mise pour d’autres. Enfin, des publications plus récentes opèrent une distinction : alors que le déclin de certaines espèces fait consensus - et encore faudrait-il en évaluer l’ampleur – d’autres, au contraire, ont proliféré. Il est urgent, préconise un groupe de chercheurs français (Jactelet al., 2020), de mettre en place un dispositif de surveillance à long terme, permettant d’identifier les causes et les actions à mettre en œuvre pour agir.

Les « nouveaux OGM » : enjeux politiques, industriels, juridiques et sanitaires

Tuteurs : Abdoulaye Diaw, Morgan Meyer

Description :
On parle depuis quelques années de « nouveaux OGM », c’est-à-dire des organismes génériquement modifiés par des nouvelles techniques comme l’édition génomique (CRISPR/Cas9). Après avoir été saisie par la Confédération Paysanne, la Cour Européenne de Justice a tranché en juillet 2018 : les organismes obtenus par mutagenèse, c’est-à-dire par édition génomique, sont considérés comme des OGM. Le verdict de la Cour Européenne de Justice a été loué, tout comme il a été critiqué. Une controverse intense est en cours sur le statut juridique de ces nouveaux OGM, ainsi que les enjeux politiques, industriels, sanitaires et environnementaux qui en découlent.

Les sanctions internationales, un outil efficace ?

Tuteurs : Benjamin Lemoine, Carole-Anne Tisserand

Description :
La guerre en Ukraine a remis sur le devant de la scène la question des sanctions internationales comme moyen de pression. Mais elles ne sont pas sans poser un certain nombre de problèmes qui suscitent la discussion : certains s’inquiètent de ce que les sanctions pénalisent les peuples qui ne sont pas forcément responsables des errements de leurs dirigeants ; d’autres mettent en avant le fait que, plusieurs exemples passés montrent que les sanctions n’ont pas conduit à la perte du régime en cause même si elles ont pesé sur le développement des pays ; par ailleurs, les sanctions peuvent se retourner contre les pays qui décident de leur application en pénalisant leurs économies. En bref, quelles sont les marges de manœuvre des pays qui veulent manifester leur condamnation de certaines politiques sans entrer dans un conflit armé ? Faut-il continuer à appliquer des sanctions économiques et si oui lesquelles ?

Les sondages électoraux, un danger pour la démocratie ?

Tuteurs : Marguerite Déon, Alexandre Mallard

Description :
Les sondages d’opinion, ou sondages « électoraux », jalonnent les temps des campagnes électorales en France et occupent l’espace médiatique. Pourtant, chaque présidentielle est aussi le temps d’une remise en question de cet outil de mesure dont les imperfections sont jugées impacter le système démocratique. Les prises de position abondent, des solutions sont cherchées mais le débat demeure : faut-il mettre fin aux sondages pour préserver la démocratie ?

Mégabassines : une bataille de l’eau ?

Tuteurs : Madeleine Akrich, Jean Goisauskas

Description :
Les projets de « réserves de substitution », appelées également « mégabassines », consistent à créer des réserves d’eau destinées à l’irrigation des cultures. Installées notamment en Vendée, Charente Maritime, Deux Sèvres, Vienne ou Charente, ces réserves seraient alimentées en puisant de l’eau dans les nappes phréatiques durant l'hiver pour pouvoir la restituer en été. Pour les opposants au projet, la focalisation sur le développement de l’irrigation sur les cultures intensives est contestable, d’autres formes d’agricultures tenant compte du réchauffement climatique et de sont impact sur l’eau sont à développer. D’autres dénoncent une "privatisation de l'eau par l'agro-industrie", appelant à envisager le statut des communs. Le projet constitue une atteinte à la « richesse biologique, les milieux humides jouent un rôle primordial dans le cycle de l’eau et dans la régulation de la ressource en eau », plaide la Ligue pour la protection des oiseaux. Pour Coop de l'eau 79, responsable du projet dans les Deux-Sèvres, le projet aura au contraire un « impact positif » sur l'environnement .

Renard : Espèce Susceptible d'Occasionner des Dégâts (ESOD) ou auxiliaire des agriculteurs ?

Tuteurs : Béatrice Cointe, Roman Solé-Pomies

Description :
Faut-il maintenir le renard dans le statut d’espèce susceptible d’occasionner des dommages (ESOD) ? Les ESOD, faut-il préciser, forment une catégorie créée en 2016, qui remplace l’ex-catégorie des nuisibles. L’avantage de ce classement de l’espèce (établi par arrêté préfectoral pour une durée de trois ans), d’après la Fédération des chasseurs et la Chambre d’agriculture des Deux-Sèvres, est de permettre l’extension de la « régulation » de la population de renards (par des battues administratives et autres techniques de piégeages) au-delà de la période de chasse, et ainsi de réduire les nuisances. Sans nier le préjudice subi par des éleveurs en proie aux attaques de renards, des associations engagées dans la défense de la faune sauvage — l’Association pour la protection des animaux sauvages (ASPAS) et Deux-Sèvres nature environnement (DSNE) notamment — considèrent les dégâts surestimés et militent au contraire pour une reconnaissance du rôle sanitaire du renard, puisqu’il se nourrit de rongeurs qui ravagent les cultures et propagent la maladie de Lyme via les tiques dont ils sont porteurs et de charogne, et sa contribution dans la dispersion des graines de fruits qu’il consomme également. Vif contraste avec la réputation de vecteur de la rage qu’a longtemps endossé le renard : « la France métropolitaine est indemne de rage sauvage des carnassiers, en particulier les renards : la rage du renard a été éliminée en 2001 » peut-on lire sur le site du ministère des solidarités et de la santé. Acteur économique le renard le serait aussi : chacun d’entre eux ferait économiser annuellement à la société 2.400 euros, avançait l’écoéthologue à l’Université Paris V et ethnozoologue au Muséum d’Histoire Naturelle, Denis Richard Blackbourn, lors d’un colloque sur le renard organisé par l’ASPAS en 2017.

Surveiller et filmer : recourir aux drones ?

Tuteurs : Abdoulaye Diaw, Morgan Meyer

Description :
Faut-il s’attendre à ce que des drones de surveillance, éventuellement couplés avec un algorithme de reconnaissance faciale, peuplent nos cités ? « Les drones de surveillance équipés de caméras menacent notre droit à la vie privée », clame Amnesty international à l’issue de la décision rendue par le Conseil constitutionnel sur la disposition de la loi « Responsabilité pénale et sécurité intérieure » adoptée par le Parlement le 16 décembre 2021 concernant l’usage des drones pour surveiller les manifestations. Revirement ? Quelques mois plus tôt, en mai 2021, considérant que la loi « Sécurité globale » n’offrait pas de garanties suffisantes sur le respect de la vie privée, le Conseil constitutionnel avait interdit une telle utilisation des drones.

Un déclin de la fertilité masculine?

Tuteurs : Béatrice Cointe, Roman Solé-Pomies

Description :
Depuis de nombreuses années, le déclin de la fertilité masculine inquiète. Si des alertes ont pu être lancées par la communauté scientifique et reprises par la presse, la réalité de ce phénomène fait débat. Les données disponibles sont-elles suffisantes pour démontrer une tendance structurelle et spécifiquement genrée, ou s’agit-il d’une croyance qui renvoie à d’autres inquiétudes collectives ? Au-delà de cette question, les causes possibles d’une telle évolution font encore l’objet de discussions abondantes. Les facteurs environnementaux ont focalisé une grande part de l’attention, au premier rang desquels les perturbateurs endocriniens. Ces substances présentes de façon diffuses dans notre environnement pourraient agir de multiples manières, selon les doses et les moments d’exposition — depuis l’exposition in utero jusqu’à des effets prolongés au long de la vie. La question de l’interdiction de ces perturbateurs, à l’instar du cas particulièrement médiatisé du bisphénol A, a été au cœur de débats publics qui mobilisent une production d’expertise importante, qui elle-même plonge au cœur des débats qui animent la recherche spécialisée. Mais, comme souvent quand il s’agit de l’impact sanitaire des facteurs environnementaux, ces substances sont-elles les seules en cause ? Comment leur action se combine-t-elle à celle d’autres facteurs comme l’alcool, le tabagisme, ou une hygiène de vie plus générale ? Finalement, comment agir collectivement sur ces effets ?

Une transition 100% renouvelable est-elle possible ?

Tuteurs : Marguerite Déon, Alexandre Mallard

Description :
La décarbonation de l’énergie consommée est devenue un objectif largement partagé compte tenu des menaces climatiques. Beaucoup s’accordent sur la nécessaire croissance de la production électrique qu’elle implique. Est-il possible de remplir les objectifs de décarbonation en basculant complètement vers l’utilisation des énergies renouvelables ? Plusieurs rapports, notamment celui de l’ADEME en 2015 et celui de RTE en 2021 ont établi qu’une transition 100% renouvelable est envisageable pour 2050. Cependant certains considèrent que le nucléaire sera encore longtemps nécessaire compte tenu de l’intermittence du solaire ou de l’éolien. La fragilisation du réseau électrique que cette transition entraînerait, la formidable mutation technologique et sociale qui serait nécessaire ou encore l’importance des investissements qu’il faudrait consentir sont d’autres difficultés soulevées. Enfin, certains s’interrogent sur le caractère écologique global d’une telle mutation.

Véhicules hybrides rechargeables : progrès ou arnaque environnementale ?

Tuteurs : Clément Marquet, Florence Paterson

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Les VEHR - véhicules électriques hybrides rechargeables (plus volontiers appelés PHEV - plug-in hybrid electric vehicles dans le secteur automobile) constituent pour les constructeurs automobiles un vecteur efficace de réduction des émissions de CO2 du trafic motorisé : ils sont rechargés avec des énergies renouvelables et récupèrent l’énergie lors des décélérations ; en ville et sur de courtes distances, ils peuvent rouler en mode 100% électrique sans émission de CO2. Ils auraient un rôle important de transition à jouer dans l’attente de la généralisation du véhicule tout électrique qui doit s’amorcer dans les années 2030. Mais pointés du doigt par des associations environnementales, les VEHR sont dénoncés comme "faux électriques". Les valeurs officielles de consommation de carburant des VEHR annoncées par les constructeurs (évaluées dans le cadre de procédures d'essai normalisées ou cycles d'essai dont les plus courants sont la Worldwide Harmonized Light-Duty Vehicles Test Procedure - WLTP et le New European Driving Cycle – NEDC) rendent-elles compte de la consommation réelle et de l’autonomie réelle des véhicules ? Plusieurs études montrent que les promesses des constructeurs ne sont pas tenues. L’usager est-il en question ? Faut-il, pour optimiser la consommation en énergie de ces véhicules, améliorer les connaissances en matière de mobilité électrique des conducteurs et les former à la conduite de ce type innovant de véhicules ? Constructeurs et auteurs d’études indépendantes s’accordent pour dire que l'utilisation du mode électrique est le plus faible s’agissant de véhicules d’entreprises ; les entreprises ne devraient-elles pas mettre en place des mesures incitatives pour modifier les comportements des conducteurs ? Ou finalement le véhicule électrique hybride rechargeable n’est-il qu’une "arnaque", comme l’affirme l’ONG Transport & environment, auteur d’une analyse des bases de données sur les émissions réelles des VEHR (real world emissions of PHEVs) ? Les aides et subventions publiques au niveau national et européen visant à soutenir le développement de l'usage des véhicules hybrides rechargeables doivent-elles être supprimées ?