Entretien avec Alamissa Soulaman

Le Dr Alamissa Soulama est un chercheur spécialiste en immunologie, entomologie et bactériologie au centre Muraz (Ouagadougou, Burkina Faso).

 

 

La population est-elle informée sur le paludisme ?

C’est une vieille maladie, la plupart des ethnies  la connaissent (le mot « paludisme » possède un équivalent dans tous les dialectes). Beaucoup ont recours aux traitements traditionnels, puisque c’est une vieille maladie, de plus pour de nombreux Burkinabés, le voisin guérisseur est plus facilement accessible que l’hôpital pourvu de traitements modernes. Enfin, le prix du traitement  est un dernier obstacle à l’utilisation des médicaments car le traitement est gratuit seulement pour les enfants de moins de 5 ans et les femmes enceintes. Les patients vivant en zone endémique acquièrent une certaine immunité, donc pour les adultes le paludisme est beaucoup moins dangereux que pour les enfants, même s’ils peuvent tout de même l’attraper.

 

Où en sont les recherches sur le vaccin au Burkina Faso?

Les recherches sont à un stade avancé : par exemple le  RTSS  est un vaccin expérimenté en phase 3, qui dépasse les 50% de protection. Ce vaccin a été mis en œuvre avec JSK ( un laboratoire américain). Un vaccin est normalement acceptable à 80% d’efficacité. On a une exception dans le cas du paludisme ; même à hauteur de 30% c’est bon à prendre car on n’a pas d’autres solutions.  En association avec le vaccin, il faut continuer les autres méthodes.

Le paludisme est une parasitose et non une infection virale, ce qui explique pourquoi il est si difficile d’y trouver un vaccin: les parasites sont des eucaryotes qui peuvent muter facilement. On essaye de faire un vaccin à partir des protéines exprimées à la surface du parasite mais celles-ci changent à mesure des mutations du plasmodium. Ce parasite a 13 chromosomes, sa variété antigénique rend difficile de faire un vaccin.

 

Qu’en est-il de l’usage des moustiquaires ?

Une partie des moustiquaires est fournie par l’aide internationale, l’autre par le Burkina Faso. Comme le reste des traitements antipaludiques, elles sont gratuites pour les enfants de moins de 5 ans et les femmes enceintes. On constate aujourd’hui une mauvaise couverture de la population et une mauvaise utilisation des moustiquaires par cette dernière. L’usage des moustiquaires est normalement expliqué aux gens lors des campagnes de distribution, mais ceux-ci sont soit négligents soit n’ont en fait pas compris comment s’en servir. Et comme c’est une distribution de masse on ne peut pas passer trop de temps avec chacun.

Les moustiquaires sont vraiment efficaces dans le sens où les anophèles piquent la nuit, or c’est à ce moment-là que l’on dort protégé par sa moustiquaire. De plus, cela interrompt la transmission de la maladie si tout le monde utilise la moustiquaire car cela diminue la quantité de parasites en circulations chez les moustiques. Les anophèles non porteurs vont alors piquer les êtres humains sans rien leur transmettre.

 

Les moustiques transgéniques sont-ils une solution ?

Les mâles stériles seront en compétition avec les autres. Il faut qu’ils s’accouplent avant les autres. Il faudrait donc relâcher plein de moustiques d’un seul coup, ce qui rend cette technique compliquée.

De toute façon, « il faut la conjugaison de tous ces moyens pour une lutte efficace ».

 

Y a-t-il une compétition entre les acteurs de la lutte contre le paludisme ?

Les essais sur le vaccin coûtent très cher.Les firmes pharmaceutiques ne s’investissent donc pas beaucoup. Il n’y a pas assez de mobilisation (par rapport à la lutte contre Ebola ou le  VIH). Les pays frappés par le paludisme sont pauvres donc les firmes ne pourront pas bien vendre leurs produits. Il y a des idées mais pas de moyens. On peut également sentir une certaine lassitude: les gens ont l’impression que ça n’avance pas. Il faut beaucoup chercher mais les résultats ne sont pas toujours au rendez-vous.

Par exemple le financement du RTSS a été réalisé par la fondation Gates. Ça été un financement lourd mais il y a eu des résultats probants. Les projets financés sur le paludisme sont en fait imposés par les laboratoires et non par les jeunes chercheurs.

Les phases précliniques ne sont pas testées sur place, et peut être que si cela avait été le cas, on aurait déjà trouvé un vaccin.