Responsabilité de l’homme

Les activités de l’homme et son interaction avec l’environnement ne sont pas sans conséquences. L’homme influe sur l’écosystème dans lequel il vit. On peut alors se demander si l’homme est responsable de l’épidémie, si la présence de paludisme est imputable aux activités humaines ou si la maladie demeure indépendante ? Deux grandes causes potentielles du paludisme sont souvent mises en avant : le réchauffement climatique et la déforestation.

Le réchauffement climatique

Paul Reiter affirme qu’il n’y a pas de lien direct entre une élévation de la température et l’apparition du paludisme. Certes, le moustique se reproduit plus facilement et contracte plus facilement le virus quand la température est plus élevée mais le nombre de facteurs est tel qu’il est impossible d’établir un lien certain entre température et paludisme. L’humidité, la densité de population, la végétation, l’amplitude thermique des jours et des saisons, la présence de bétail sont autant d’éléments qui influent sur la maladie. L’OMS a dévoilé des modèles de prédiction pour anticiper l’extension du paludisme due à l’élévation de la température. Paul Reiter conteste fermement ce modèle qu’il juge inadapté et non prouvé. Vincent Robert et Frédéric Simard de l’IRD sont du même avis : en théorie, la température devrait favoriser le paludisme mais la pratique est bien plus complexe. Vincent Robert ajoute qu’ « il n’y a pas d’enjeux », le lien ne sera jamais établi avec précision et aucune conclusion ne pourra être tirée. Les réactions de l’épidémie face au réchauffement climatique seront différentes d’une région à l’autre. On ne pourra donc pas généraliser les modèles mis en place dans certaines zones. Les laboratoires pharmaceutiques restent quant à eux très prudents, Hans Rietveld nous explique que certains indicateurs suggèrent une influence de la température mais que rien n’est encore évident. Une équipe américano-britannique a publié dans la revu Nature le jeudi 20 mai une étude dans laquelle elle affirme que le réchauffement climatique ne va pas étendre les zones de paludisme endémique. Les chercheurs ont évalué les variations d’extension géographique de la maladie au cours du dernier siècle – marqué par un réchauffement de 0,8 °C -, et ne trouvent aucune corrélation positive entre l’évolution des températures moyennes et celle des régions impaludées. « L’affirmation répandue selon laquelle l’augmentation des températures moyennes a déjà conduit, à l’échelle mondiale, à une augmentation de la morbidité et de la mortalité du paludisme est largement en contradiction avec les tendances globalement à la baisse de son endémicité et de son extension géographique », écrivent les auteurs. La complexité du lien entre paludisme et réchauffement climatique est souligné dans un article du Monde : pour Madeleine Thomson, chercheuse au Lamont-Doherty Earth Observatory (université Columbia, New York), la question du lien entre climat et paludisme est « très complexe » et « ne se résume pas au fait que le réchauffement va favoriser tel ou tel aspect de la biologie des moustiques ». « C’est tout l’impact du changement climatique sur les sociétés, c’est-à-dire, par exemple, sur les modifications des systèmes agricoles ou encore sur les déplacements et les regroupements de populations qu’il faut prendre en compte », explique la chercheuse.

La déforestation

La déforestation risque elle aussi de favoriser l’épidémie. A première vue, la disparition des forêts favorise l’apparition de zones humides et marécageuses propices au paludisme. Les membres de l’IRD nous ont confirmé que les flaques d’eau stagnante au soleil sont un environnement idéal pour les Anophèles. Mais Vincent Robert nous a par la suite expliqué que la déforestation avait des effets différents en Afrique et en Asie. En Afrique, l’effet est prévisible : la déforestation engendre une extension de l’habitat favorable aux moustiques, le paludisme y est plus présent. En revanche en Asie, les Anophèles ne vivent pas dans les mêmes conditions et la suppression de la forêt ne favoriserait pas l’épidémie de paludisme. Frédéric Simard conclut que « le comportement humain est hyper important et a un impact considérable sur l’expansion ou non de la maladie ».

 

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