L'Education Nationale : politique et source de polémiques

30 années de politiques de réforme

On peut dater de 1969 le début de très fortes polémiques sur les méthodes d'enseignement de la lecture. Depuis cette date, on distingue trois grandes périodes dans les politiques pédagogiques du premier cycle.

1972 ou l'avènement de l'idéo-visuelle

Joseph Fontanet, alors ministre de l'Education Nationale, publie en 1972 les circulaires Fontanet, qui annoncent les principes de la pédagogie moderne : la classe se veut être le lieu de la communication et de l'échange ; motivation, activité, travail par groupes, développement de la personnalité de l'élève, suppression de l'ironie et la critique humiliante, mise en avant des efforts plutôt que des résultats : telles sont les caractéristiques que doit présenter la classe de CP en 1972. Naturellement la liste n'est pas exhaustive.

La référence à Freinet, même si elle n'est pas explicite, est évidente. Elle apparaît comme la panacée à tous les maux. C'est par excellence la classe de communication.

Dans ces circulaires, les mérites de la lecture silencieuse sont également largement vantés, ce qui marque l'avènement de la méthode idéo-visuelle, même si l'on ne recommande à aucun moment que la lecture à haute voix soit complètement écartée. Dans ces mêmes textes, l'accent est porté simultanément sur l'importance de la maîtrise des activités de décodage, fusion et combinatoire et du concept de déchiffrement, processus qui se rattachent directement aux méthodes synthétiques.

On voit ainsi que, en privilégiant deux types de processus opposés, l'Education Nationale entend poser les bases de méthodes d'apprentissage transverses, se rattachant aux concepts des méthodes mixtes.

Poursuivant dans cette voie, en 1975, René Haby entend réformer les institutions du système éducatif et plus particulièrement de l'école primaire en précisant les objectifs attendus des professeurs à l'école primaire et en définissant une continuité d'enseignement entre les différents cycles.

1995 ou le libre-arbitre des instituteurs

Dès sa nomination en tant que ministre de l'Education Nationale, François Bayrou entend poser les bases d'une nouvelle politique éducative : pour lui, l'instituteur doit avoir les moyens d'appliquer les pédagogies qu'il juge pertinentes et prendre en compte les spécificités de chaque élève.

C'est dans cette optique qu'il publie en 1995 les Arrêtés Bayrou, dans lesquels il est mentionné que « toutes les mesures jugées appropriées par l'enseignant peuvent être appliquées », dans la mesure où elle permet à l'élève de maîtriser le concept de déchiffrement et de bien assimiler le lien graphème-phonème. Ces objectifs incitent ainsi fortement l'enseignant à user de méthodes mixtes ou affiliées, même si aucune mention explicite n'y est faite.

Dans le but d'initier une réflexion sur la problématique soulevée par l'enseignement de la lecture, de lutter contre les difficultés qui en résultent et contre l'illettrisme, l'Observatoire National de la Lecture (ONL) est créé en 1996. Il doit favoriser l'échange constant d'informations et d'expériences entre les partenaires scientifiques, les professionnels et les parents, et regroupe des personnalités très diverses comme les neuroscientifiques Alain Bentolila et José Morais, des professeurs de neurolinguistique ou de psychologie, tel Michel Fayol.

2002 ou la double voie

Jack Lang publie en janvier 2002 un Bulletin Officiel détaillant très précisément les processus qu'il compte mettre en application pour amorcer une réforme de l'Education Nationale. Il insiste notamment sur les objectifs poursuivis aux cycles préparatoire et élémentaire et les différents savoir-faire que l'enfant doit y acquérir.

Les mêmes remarques que précédemment sont faites en ce qui concerne l'apprentissage de la lecture : l'enseignant est laissé libre d'appliquer la méthode de son choix, pourvu que cette méthode permette à l'enfant d'utiliser à la fois la voie directe et la voie indirecte qui, selon le ministre, se complètent.

« Deux manières d'identifier les mots

Pour identifier un mot, le lecteur doit relier une information visuelle (le mot écrit) à un savoir déjà acquis du fait de l'apprentissage de la parole : l'image acoustique de ce mot (la représentation des phonèmes qui le constituent) et sa (ou ses) signification(s).

Deux manières de parvenir à ce résultat sont disponibles : la voie directe et la voie indirecte. L'apprenti lecteur doit apprendre à se servir efficacement de l'une et de l'autre. Elles se consolident mutuellement par leur utilisation fréquente et sont renforcées par toutes les activités d'écriture. »

Extrait du BO du 25 janvier 2002

Du fait des objectifs poursuivis et de l'insistance du Bulletin Officiel sur l'acquisition d'un savoir phonologique, les méthodes synthétiques à entrée phonique et les méthodes mixtes sont celles qui semblent le plus appropriées, puisqu'elles répondent le mieux aux attentes du ministre.

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