Entretien avec Frédéric Grappe

FG
science-cycling.org

Frédéric Grappe, est un entraîneur français spécialisé dans le cyclisme, Docteur en Science, Ph.D (Biomécanique et Physiologie de l’Entraînement Sportif). Il est également Maître de Conférences des Universités, HDR (qualifié aux fonctions de Professeur des Universités) et officie à l’université de Besançon depuis 1998. Il est actuellement directeur de la Performance au sein de l’équipe française FDJ.

Comment l’équipe FDJ organise-t-elle l’entraînement sur une année ?

Les coureurs sont suivis via une plate-forme (appli web) qui permet aux coureurs d’enregistrer leur ressenti et performances, aucun athlète n’est lâché seul dans la nature.

Comment arrivez-vous à visualiser la progression des coureurs ?

On la voit par les résultats en course et par l’analyse des données récoltées à l’entraînement. La performance, c’est le rendu en compétition par rapport aux objectifs que l’on a initialement fixés.

Qu’entendez-vous par « données récoltées à l’entraînement » ?

Des capteurs de puissance sont placés sur les coureurs même à l’entraînement, cela permet d’observer l’évolution des paramètres (physiologiques…) des coureurs.

Peut-on envisager des erreurs de mesure volontaires chez certaines équipes ?

Certaines équipes font de la communication sur le Tour en balançant des énormités scientifiques (ex : le pédalier ovale qui augmenterait la performance de 7%). Il faudrait qu’un organisme indépendant valide les valeurs avancées pour qu ‘elles puissent être crédibles.

Que pensez-vous des méthodes indirectes utilisées pour le calcul de puissance ?

Cela permet d’avoir des repères, ces mesures fonctionnent plutôt par comparaison de performance et pas uniquement par des radars. Il faut rester cependant rester prudent par rapport à ces valeurs mesurées indirectement.

Existe-t-il selon vous une limite de puissance qui ne peut-être dépassée par le corps humain ?

L’homme a ses limites et il y a des seuils qu’on ne peut pas dépasser. On perd par exemple 1 watt/min d’effort du coup la puissance développée moyenne ne doit par exemple pas être la même sur 20 et 45 min d’effort.

Comment peut-on établir le « profil » d’un coureur ?

Cela dépend de la morphologie, grâce aux données physiologiques on peut voir comment évolue le coureur.

Observez vous un changement de morphologie des coureurs ?

Si vous voulez remporter un grand tour, il faut être grimpeur d’où les coureurs et leur morphologie très « longiligne ». Il y a beaucoup moins de dopage aujourd’hui du coup on revient sur un profil naturel.

Que pensez vous de l’AICAR, nouvelle molécule qui permet une fonte graisseuse?

Le cyclisme de haut niveau est très peu sujet au dopage. Globalement le milieu est devenu très très propre.

Que pensez vous de Froome et de son explosion au plus haut niveau très soudaine ?

Ça interpelle tout le monde car c’était un inconnu et il s’est mis à gagner le Tour presque du jour au lendemain. La traçabilité des athlètes dès le plus jeune âge est importante et doit être renforcée.

Certains spécialistes pensent que les micro-doses ont réduit les performances mais que de ce fait, le dopage subsiste à moindre dose.

C’est évident, des coureurs comme Pinot et Péraud n’auraient pas pu faire ces performances 10 ans avant au moment des cures lourdes de produits dopants : l’écart entre dopés et non dopés tend à se réduire. On ne peut pas dire que le milieu est gangrené comme il l’était avant. Il faut continuer la lutte en restant très proche de la tolérance zéro…

Les directeurs sportifs anciens dopés ont-ils leur place dans le vélo ?

Aujourd’hui n’importe quelle personne qui à 10/15 millions d’euros peut monter une équipe de cyclisme et tout le monde ne devrait pas pouvoir monter son équipe. Cela conduit au recrutement de ces directeurs sportifs sulfureux.

Le dopage mécanique est-il crédible?

Techniquement possible. Peut-être déjà fait, aujourd’hui les vélos sont scannés du coup il est difficile d’y avoir recours.

Y a-t-il une pression des sponsors ?

Cela dépend, la FDJ a su se montrer patiente et nous a fait confiance : même lors des années difficiles la FDJ n’a jamais mis de pression pour la performance à tout prix.

La performance n’a pas d’âge ? (NDLR : Référence à la victoire de C Horner sur la Vuelta, à 42 ans)

La décroissance de la performance avec l’âge est très individuelle. Mais il faut prendre en compte l’aspect mental. On peut devenir plus fort mentalement avec l’âge. Regardez les performances de JC Péraud.

Qu’en est-il de l’investissement dans le matériel à la FDJ ?

Chez FDJ nous misons beaucoup sur la qualité du matériel à travers : de nouveaux vélos, recherche sur le matériel : le développement du matériel est indispensable. C’est juste que l’on communique moins dessus que d’autres équipes. Soit vous êtes dans une logique de communication et vous en parlez, soit vous êtes dans une logique de compétition et vous en parlez moins.

D’une manière générale, la communication sur le cyclisme n’est pas bonne du tout. On occulte la recherche sur l’homme et le matériel, alors que c’est un sport très scientifique : les médias banalisent le cyclisme et le rendent médiocre.

Clément Chadebec et Alexandre Himmelein

Retour