L'origine des langues

Présentation détaillée

Les bases de la linguistique historique

On peut situer la naissance de la linguistique historique, discipline qui étudie l'évolution des langues et cherche à reconstruire leur histoire, au linguiste anglais Sir William Jones. En 1786, Jones publia The Sanskrit Language, ouvrage dans lequel il souligne les nombreuses ressemblances entre le sanscrit, le persan, le grec classique, le latin, le gothique, et les langues celtiques. Selon lui, ces ressemblances ne pouvaient s'expliquer que par une origine commune à toutes ces langues, qui auraient ensuite évolué indépendamment.

Plus tard, les linguistes trouveront que l'évolution temporelle n'est pas la seule cause de transformation des langues. Une langue peut par exemple emprunter des mots à une autre langue si deux populations sont en contact permanent, comme ce fut le cas au Moyen-Âge après la conquête de l'Angleterre par la France (environ 10 000 mots seraient alors passés du français à l'anglais). S'il a donc fallu compléter les résultats assez imprécis de Jones, la méthode de comparaison, dite bilatérale, inspirée par ses travaux est devenue l'outil principal de la linguistique historique.

Joseph Greenberg et la comparaison de masse

Si cette méthode classique de comparaison de deux langues a permis de reconstituer l'histoire récente des langues actuelles, elle ne permet pas de remonter indéfiniment le cours du temps. En effet, selon la plupart des linguistes, cette méthode de comparaison ne permet que de mettre en relation deux langues encore parlées ou pour lesquelles on dispose de traces écrites, ce qui limite la recherche d'origines communes à environ 10 000 ans.

De nombreux linguistes ont cherché à s'affranchir de ces limites dans le but de remonter plus loin dans le temps, et de s'approcher toujours plus des premiers langages humains. Joseph Greenberg , en particulier, a développé en ce sens une nouvelle méthode de comparaison, appelée comparaison multilatérale ou comparaison de masse. Il ne s'agit plus de comparer deux langues entre elles, mais de prendre un grand nombre de langues et de rechercher des racines communes à ces langues .

En 1963, en utilisant cette nouvelle méthode, Greenberg proposa une classification des nombreuses langues africaines en seulement quatre familles. Si la méthode de comparaison multilatérale demeure très contestée, la communauté scientifique semble avoir accepté la majorité du travail de Greenberg sur les langues africaines. En revanche, sa classification des langues américaines, publiée en 1987, reste très critiquée.

Les travaux révolutionnaires de Merritt Ruhlen

Depuis, certains linguistes ont adopté la méthode de comparaison de masse, et cherchent à repousser encore plus loin les limites de la linguistique historique. Merritt Ruhlen , qui fut un temps l'assistant de Joseph Greenberg , a cherché à utiliser cette méthode pour revenir à l'origine première des langues et tenter de prouver l'existence d'une langue originelle, mère de toutes les langues actuelles. En effet, si la majorité des linguistes suppose que les langues actuelles proviennent toutes d'une même langue, la plupart pensent qu'on ne peut pas démontrer son existence, ni tenter de la reconstituer.

En 1987, Ruhlen publie A Guide to the World's languages, ouvrage dans lequel il utilise la comparaison de masse pour regrouper l'ensemble des langues et dialectes du monde en seulement 17 superfamilles. Cette classification est très populaire auprès du grand public, mais demeure controversée au sein de la communauté scientifique, toujours à cause de l'utilisation de la comparaison de masse.

Cette classification a par ailleurs reçu le soutien du généticien Luigi Luca Cavalli-Sforza , qui a retracé l'évolution génétique de l'homme depuis son apparition en Afrique, et y a trouvé de nombreux points communs avec les superfamilles de Ruhlen . Bien que la linguistique historique ne se fonde pas traditionnellement sur des arguments génétiques, Ruhlen a donc la particularité de s'appuyer sur des travaux pluridisciplinaires, puisque avec ceux de Cavalli-Sforza , des domaines tels que la génétique, la linguistique et l'archéologie viennent s'accorder.

Une fois cette classification obtenue, Ruhlen a cherché à comparer ces superfamilles afin de remonter à une hypothétique origine commune des langues actuelles. En 1994, Ruhlen publie On the Origin of Languages: Studies in Linguistic Taxonomy (De l'origine des langues: travaux de linguistique taxonomique, 1994), dans lequel il expose sa théorie sur l'existence d'une unique langue originelle, et tente même de reconstituer certaines de ses racines, ce qui n'avait jamais été fait auparavant. Cet ouvrage rencontre les mêmes critiques méthodologiques que les travaux précédents de Ruhlen, mais celui-ci se fait connaître du grand public deux ans plus tard en publiant The Origin of Language: Tracing the Evolution of the Mother Tongue (L'origine des langues: reconstitution de l'évolution de la langue mère, 1996), version vulgarisée de son ouvrage précédent.

Critiques des travaux de Ruhlen

Ainsi, les travaux de Ruhlen , en rupture totale avec la linguistique historique classique, sont critiqués pour différentes raisons. Tout d'abord, certains linguistes, comme Jean Aitchison , ont accusé Ruhlen de n'avoir choisi comme exemples que des mots très courts, ce qui ne donne pour la langue mère que des racines d'une ou deux syllabes. Par ailleurs, Ruhlen a été critiqué pour avoir accepté des ressemblances phonétiques trop faibles comme arguments en faveur de sa théorie. Hans Heinrich Hoch a ainsi montré sur quelques exemples que les règles posées par Ruhlen pour montrer que des mots ont une racine commune conduisent à des absurdités lorsqu'on les applique à certains exemples connus. De même, M. Lionel Bender a cherché à montrer que la méthode de Ruhlen permettait de montrer ce que l'on voulait: en prenant les mêmes racines que celles identifiées par Ruhlen , il est parvenu à les associer à des significations très différentes, en cherchant tout simplement d'autres exemples de mots dans les langues actuelles dont le sens s'accorde avec la nouvelle signification de la racine et dont la prononciation est suffisamment proche de celle de la racine selon les règles de Ruhlen .

Cela semble indiquer que certaines ressemblances entre les mots pourraient être dues non pas à une origine commune mais tout simplement au hasard. Selon certains linguistes, étant donnée la vitesse d'évolution des langues, si deux d'entre elles sont séparées depuis trop longtemps, les ressemblances dues au hasard deviennent aussi nombreuses que celles dues à leur origine commune. Dans On Calculating the factor of chance in language comparison (Calcul du rôle du hasard dans la comparaison entre les langues, 1992), Donald Ringe parvient à la conclusion que le rôle du hasard devient trop important au-delà de 8 000 ans pour que l'on puisse rechercher des origines communes aux langues actuelles. De même, des chercheurs de l'Institut de la Communication Parlée ont montré que Ruhlen avait 100% de chances de se tromper car il aurait obtenu les mêmes résultats en choisissant des racines au hasard.

Par ailleurs, parmi les exemples avancés par Ruhlen , on trouve des mots de nourrissons comme "maman" ou "papa" alors qu'en 1960, Roman Jakobson a expliqué que ces ressemblances pouvaient être dues à des raisons physiologiques. Enfin, parmi les autres exemples de Ruhlen , certaines racines sont critiquées pour leur caractère onomatopéique. Des mots comme "chien" par exemple doivent, selon certains linguistes, être exclus des études de linguistique historique pour cette raison.

Enfin, certains linguistes comme Christophe Coupé développent des modèles mathématiques modélisant les processus d'émergence du langage au sein de diverses populations. D'après les premiers résultats, il semblerait que l'hypothèse de la polygénèse des langues soit loin d'être improbable, ce qui remettrait également en doute les travaux de Ruhlen étant donné qu'il n'y aurait dans ce cas là plus de filiation universelle des langues actuelles.

Conclusion

En se fondant sur la méthode de comparaison de masse développée par Joseph Greenberg , Merritt Ruhlen a tenté de reconstituer l'origine des langues, de montrer l'existence d'une unique langue originelle, et d'identifier des racines issues de cette protolangue. Cependant, cette méthode dépasse les principes classiques de la linguistique historique, et ses résultats sont donc très controversés. Selon les points de vue, les travaux de Ruhlen sur l'existence d'une langue originelle sont soit une insulte à la linguistique, soit une grande percée pour celle-ci.

Le linguiste américain Joseph Greenberg fut d'abord spécialiste de linguistique synchronique (description des langues actuelles), et il chercha dans les années 1950 à identifier des caractéristiques communes à toutes les langues actuelles. Greenberg se concentra ensuite sur la classification des langues, et développa la méthode de comparaison de masse afin de classer toutes les langues africaines en seulement quatre familles, et toutes les langues américaines en trois familles. Greenberg appliqua ensuite cette méthode pour rechercher une parenté commune aux langues indo-européennes et asiatiques, travail interrompu à sa mort en 2001 et resté inachevé.

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Merritt Ruhlen soutient fermement l’hypothèse de l’existence d’une langue originelle, mère de toutes les langues, opinion partagée par la plupart des linguistes. mais affirme que l’on peut, avec les outils de la linguistique dont il dispose, remonter jusqu’à cette langue mère pour en exhiber des mots et c’est ce qu’il a fait dans son livre paru en 1997.

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Le linguiste américain Joseph Greenberg fut d'abord spécialiste de linguistique synchronique (description des langues actuelles), et il chercha dans les années 1950 à identifier des caractéristiques communes à toutes les langues actuelles. Greenberg se concentra ensuite sur la classification des langues, et développa la méthode de comparaison de masse afin de classer toutes les langues africaines en seulement quatre familles, et toutes les langues américaines en trois familles. Greenberg appliqua ensuite cette méthode pour rechercher une parenté commune aux langues indo-européennes et asiatiques, travail interrompu à sa mort en 2001 et resté inachevé.

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Luigi Luca Cavalli-Sforza est un généticien italien, aujourd'hui professeur émérite au département de génétique de l'université de Stanford. Les travaux de Cavalli-Sforza cherchent essentiellement à reconstituer l'histoire des populations humaines, tout en cherchant à s'opposer aux théories raciales.

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Merritt Ruhlen soutient fermement l’hypothèse de l’existence d’une langue originelle, mère de toutes les langues, opinion partagée par la plupart des linguistes. mais affirme que l’on peut, avec les outils de la linguistique dont il dispose, remonter jusqu’à cette langue mère pour en exhiber des mots et c’est ce qu’il a fait dans son livre paru en 1997.

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Merritt Ruhlen soutient fermement l’hypothèse de l’existence d’une langue originelle, mère de toutes les langues, opinion partagée par la plupart des linguistes. mais affirme que l’on peut, avec les outils de la linguistique dont il dispose, remonter jusqu’à cette langue mère pour en exhiber des mots et c’est ce qu’il a fait dans son livre paru en 1997.

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Jean Aitchison est une linguiste anglaise qui enseigne le langage et la communication à Oxford. Elle s’intéresse tout particulièrement à la linguistique "socio-historique " qui tente d’expliquer les causes des changements phonétiques des langues.

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Hans Henrich Hock est un linguiste d’origine allemand spécialiste de la linguistique historique et des langues indo-européennes. Pour lui, les méthodes de comparaison de Ruhlen ne sont pas assez précises. En comparant l’anglais et l’hindi selon ces méthodes, il montre que 65% des mots qui seraient considérés comme apparentés n’auraient en fait pas la même origine.

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Lionel Bender est professeur de linguistique à l'université Carbondale de l'Illinois du Sud. Il s'est spécialisé dans les langues africaines, sujet sur lequel il a publié de nombreux livres et articles.

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Le linguiste Donald Ringe est professeur à l'Université de Pennsylvanie depuis 1985. La majorité de ses travaux concerne la linguistique historique et l'étude de l'évolution des langues. Plus récemment, Ringe a travaillé sur les modèles informatiques pour représenter les modes d'évolution des langues.

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Grâce à une étude statistique et des calculs de probabilités, des chercheurs de cet institut ont invalidé statistiquement l’étude faite par Merrit Ruhlen dans son livre The origin of language. Tracing the evolution of the mother tongue. : il avait 100% de chance de se tromper, ses résultats étant identiques à ceux d’une méthode fondée sur le hasard.

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Merritt Ruhlen soutient fermement l’hypothèse de l’existence d’une langue originelle, mère de toutes les langues, opinion partagée par la plupart des linguistes. mais affirme que l’on peut, avec les outils de la linguistique dont il dispose, remonter jusqu’à cette langue mère pour en exhiber des mots et c’est ce qu’il a fait dans son livre paru en 1997.

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Roman Ossipovich Jakobson, linguiste Russe né en 1896, fut l'un des précurseurs de l'analyse structurelle du langage. Il travailla notamment sur la phonétique et ses principes afin de décrire l'évolution du langage. Roman Jakobson est mort en 1982.

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Christophe Coupé est actuellement chercheur au centre du CNRS de la ville de Lyon, et travaille au Laboratoire « Dynamique Du Langage ». Ses thèmes de recherche sont notamment l’Origine du langage et la préhistoire des langues, ainsi que l’évolution des langues et les mécanismes de changement linguistique.

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Le linguiste américain Joseph Greenberg fut d'abord spécialiste de linguistique synchronique (description des langues actuelles), et il chercha dans les années 1950 à identifier des caractéristiques communes à toutes les langues actuelles. Greenberg se concentra ensuite sur la classification des langues, et développa la méthode de comparaison de masse afin de classer toutes les langues africaines en seulement quatre familles, et toutes les langues américaines en trois familles. Greenberg appliqua ensuite cette méthode pour rechercher une parenté commune aux langues indo-européennes et asiatiques, travail interrompu à sa mort en 2001 et resté inachevé.

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