Utilisation : Le point de vue des constructeurs

Le point de vue des constructeurs automobiles sur ce sujet est primordial car il est à la base de toutes leurs décisions industrielles. Les projets de créations de VE ont été précédés d’études de marché qui visaient à déterminer le plus précisément possible les acheteurs susceptibles d’être intéressés par le VE. En France, les différents constructeurs adoptent des politiques différentes vis-à-vis de la construction de VE ou des véhicules hybrides, justement du fait de leur réponse différente à la question des besoins auxquels doivent répondre les véhicules qu’ils commercialisent. Par exemple, PSA a choisi de développer des modèles hybrides, alors que Renault a pris le parti de développer une gamme tout électrique importante. L’esprit de chacun de ces constructeurs se rejoint dans l’idée suivante : le véhicule a son rôle à jouer dans la transition énergétique à venir.

Le cas du constructeur Renault

gamme ZE

Nous avons choisi de rendre plus particulièrement compte du point de vue de Renault dans notre controverse, compte tenu de l’importance qu’ils attachent au VE, et ce à partir de l’entretien qui nous a été accordé par Béatrice Foucher (Directeur Programme VE de Renault) et Dominique Lucas (Directeur Produit).

Certains modèles sont créés pour remplacer les véhicules thermiques équivalents. Par exemple, un Kangoo électrique peut remplacer un Kangoo thermique : les caractéristiques sont équivalentes, mais on gagne en simplicité d’usage, en silence et en confort de conduite en optant pour l’électrique. D’autres véhicules sont créés pour fonctionner avec une toute nouvelle façon d’utiliser la voiture, l’autopartage. Cʼest le cas de Twizy Way, un système en expérimentation sur Guyancourt (le but est de mettre en libre service des Renault Twizy). Cependant, la voiture continue d’être vue comme un objet de possession, c’est pourquoi Renault continue de mettre l’accent sur des modèles possédés par des particuliers.

Une étude de marché adaptée

Quant aux études de marché, les grilles de questions à poser aux consommateurs sont vues comme à faire évoluer perpétuellement. Dominique Lucas évoque le besoin de « changer la grille de lecture », c’est-à-dire la grille utilisée pour évaluer l’objet VE lors de la création du cahier des charges. En effet il ne s’agit plus de comparer ligne à ligne les performances (autonomie, puissance) du VE à celles du véhicule thermique. Il ne s’agit plus de demander aux gens s’ils seraient prêts à renoncer à un véhicule thermique polyvalent, mais de les faire réfléchir sur leur rapport à leur voiture, au nombre d’heures que leur véhicule passe chaque jour garé, sans être utilisé, pour faire émerger, lentement, une nouvelle conception de la voiture.

La voiture électrique, un complément au thermique

Le but n’est pas de remplacer le véhicule thermique, ni d’électrifier tout le réseau urbain français pour permettre une traversée du territoire français d’un bout à l’autre en VE, à l’image de ce qui a été réalisé en Israël, dont la géométrie est particulièrement adaptée au développement du VE (la taille de cet État est réduite). Le but est d’offrir aux Français qui peuvent se le permettre une nouvelle expérience de la mobilité, notamment grâce au silence des VE, qui rend leur conduite confortable.

À l’heure actuelle, Renault attend principalement du VE quʼil soit utilisé comme un autre véhicule, qui ne pourra pas remplacer le véhicule thermique, tout simplement car ce sont deux objets différents et non comparables. Renault ne compte pas couvrir tous les domaines dʼutilisation du véhicule thermique ; ils sʼengagent à offrir des alternatives au véhicule thermique pour ceux dont la mobilité le permet. Quelqu’un qui ne fait un trajet long quʼune fois par an pourra être tenté par la possession dʼun VE à lʼannée et par l’utilisation du train (ou par la location d’un véhicule thermique) de façon occasionnelle. Cela justifie la diversité de la gamme proposée, qui se veut adaptée aux différents rapports aux voitures des consommateurs. Le lancement d’une gamme électrique ne doit être vu que comme le prolongement de la segmentation qui existe déjà dans le marché automobile : il existe des voitures grandes ou petites, avec plus ou moins de places, à essence ou diesel, etc. Le mode de propulsion (électrique ou thermique) n’est qu’un critère de choix supplémentaire, qui correspondra aux besoins de certaines personnes (mais pas de tous) ; ce choix a raison d’être car certains conducteurs ont intérêt (par les trajets qu’ils font et les bénéfices qu’ils en retireraient) à se lancer dans l’électrique.

 

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École des Mines de Paris - Cours de controverse - 2012/2013

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Voiture électrique : une mobilité durable ?