La RSPO, actions et réactions des acteurs

La RSPO – pour Roundtable for Sustainable Palm Oil (Table ronde pour l’huile de palme durable) – est un organisme fondé en 2004 à l’initiative du WWF*. Elle regroupe des ONG, environnementales et sociales, ou encore des industriels, acteurs de la controverse, dans le but de promouvoir la consommation d’huile de palme durable. Pour cela, l’organisme certifie des plantations de palmier à huile sur la base de critères (sociaux et environnementaux) définis par ses membres. Cela passe notamment par la distribution de labels (Certified Sustainable Palm Oil ou CSPO, Indonesian Sustainable Palm Oil ou ISPO…) qui certifient l’huile de palme produite, dans le but de la mettre en avant sur le marché. Pour l’exploitant, la certification passe par un respect des normes fixés et une contribution versée à la RSPO (qui peut notamment reverser ensuite ces fonds à l’organisme qui audite).

Dans cette optique de régulation du marché, un accord a été signé entre la RSPO et le ministère de l’agriculture indonésien pour assurer la durabilité de la production de l’huile de palme et ainsi légitimer la production. Cela constitue une réponse du gouvernement indonésien aux détracteurs de l’huile de palme, grâce à la mise en place d’un label ISPO, remplissant les attentes de tous les types d’acteurs (producteurs, consommateurs, population …) en matière de durabilité de la culture [1].

De plus, la RSPO est aussi à l’origine du label CSPO, qui certifie l’huile de palme durable. Selon le CIRAD* – qui sert notamment d’organisme d’audit pour ce label – ce dernier apporte également des bénéfices indirects, tels que la normalisation des procédures via les gouvernements, la traçabilité du produit, ou encore la sécurité des travailleurs [2].

La RSPO représente ainsi une avancée en protégeant les forêts primaires [3]. Pour le WWF, ONG environnementale et membre fondateur de cet organisme : «The RSPO standard is far more comprehensive, robust and widely supported and implemented than any other palm oil sustainability standard anywhere in the world» (Le standard de la RSPO est bien plus compréhensif, robuste, soutenu et implanté qu’aucune autre certification d’huile de palme durable dans le monde). Ainsi, les compagnies doivent passer à l’huile de palme RSPO [4].

En plus des faiblesses relatives à l’ensemble des labels existants, l’action de la RSPO est elle aussi sujette à de nombreuses critiques. En effet tous ne reconnaissent pas la légitimité de cette table ronde, car elles ne regroupent qu’une partie des acteurs de la controverse : des ONG et des industriels [5]. Selon l’agronome A. Rival, cet organisme est une simple initiative business to business, car les gouvernements des pays producteurs ne sont pas intégrés à cette table ronde, alors qu’ils disposent de meilleurs moyens d’action (par le biais de lois). Malgré son statut proche d’une ONG, elle pourait être conçue dans le cadre des politiques existantes afin de mieux s’adapter aux situations auxquelles elle est confrontée, même si elle s’organise comme une ONG [6]. Pour Greenpeace*, qui  a refusé d’être membre de la RSPO, les directives ne sont pas suffisamment bien appliquées, en effet les bureaux d’étude mandatés par la RSPO pour la certification sont soit peu qualifiés, soit à la solde des industriels. J. Frignet, porte-parole de l’associatin pour les questions relatives au programme « Forêts », l’a notamment mis en évidence lors de notre entretien.

Pour J. von Gleiber, spécialiste qui s’est penché sur l’organisation de la RSPO, l’implication des acteurs est dans la table ronde est inégale, ce qui limite son impact : « While the WWF acts as a collaborator and facilitator, other NGOs takes the activist stance fuelling the debate with constant criticism » (alors que WWF s’implique en tant que collaborateur et promoteur [de la RSPO], l’activité des autres ONG se limitent à alimenter le débat avec une critique constante). De plus, selon les Amis de la Terre* : « Rien n’oblige une entreprise membre de la RSPO à faire certifier 100 % de sa production » [7], d’où des conditions d’entrée dans l’organisme jugées comme pas assez contraignantes par un collectif de chercheurs s’étant intéressés aux déficiences de la RSPO [8]. Ainsi des critiques des acteurs extérieurs qui considèrent que « la certification RSPO constitue aujourd’hui davantage un obstacle à l’adoption de mesures structurelles permettant de réduire notre consommation d’huile de palme qu’un progrès. » [7].

Cependant, malgré une mainmise des industriels sur la RSPO dénoncée et une déforestation qui n’a pas cessé et que dénonce Greenpeace sur son site internet  [9], de nombreux acteurs envisagent d’améliorer la RSPO plutôt que de s’en détourner. Pour s’améliorer, le label devrait revoir son organisation interne. Il doit aussi être en mesure d’exercer une réelle pression sur ses membres. Il devrait s’opposer de manière plus radicale à la déforestation. Enfin, il devrait faire appel à un observateur indépendant avec un regard critique permanent sur son action [8]. Selon un rapport du Fonds Français pour l’Alimentation et la Santé, une intensification des plantations existantes est également possible [10], pour éviter une expansion de la surface exploitée, qui est jusqu’à présent tolérée par la RSPO [9].

 

 

*WWF – World Wild Fund (Fonds Mondial pour la Nature) : ONG environnementaliste œuvrant pour la protection des espèces en danger, la préservation des ressources naturelles et des écosystèmes, ainsi que la promotion d’une transition énergétique respectueuse de l’environnement.

*CIRAD – Centre de coopération Internationale en Recherche Agronomique pour le Développement : Centre de recherche français, sous double tutelle des ministères de l’Enseignement Supérieur et de la Recherche et des Affaires Etrangères. Le CIRAD produit des solutions (agronomiques, sociales…) pour le développement des pays du Sud.

*Greenpeace : ONG environnementaliste luttant dans des domaines aussi variés que la déforestation, le nucléaire ou la protection des océans, d’abord par l’enquête et la concertation, puis l’alerte au grand public via des actions, souvent médiatiques – et médiatisées – qui visent à faire pression sur les industriels.

*Les Amis de la Terre – Friends of the Earth : ONG environnementaliste cherchant à réparer les dégâts causés par l’homme sur la nature et promouvant en particulier la participation de la société civile dans la prise de décision autour de la gestion des ressources naturelles.

 

 

[1] THE JAKARTA POST, Business (2013)

[2] RIVAL A., LEVANG P., La palme des controverses. Palmier à huile et enjeux de développement (2013)

[3] FONDS FRANÇAIS POUR L’ALIMENTATION ET LA SANTE, Etats des lieux – L’huile de palme : aspects nutritionnels, sociaux et environnementaux (2012)

[4] WWF, Palm Oil Buyers Scorecard – Measuring the progress of palm oil buyers (2013)

[5] SCHOUTEN G., GLASBERGEN P., Creating legitimacy in global private governance: The case of the Roundtable on Sustainable Palm Oil, Ecological Economics Volume 70 (2011)

[6] VON GEIBLER J., Market-based governance for sustainability in value chains: conditions for successful standard setting in the palm oil sector, Journal of Cleaner Production, Volume 56, Pages 39-53 (2013)

[7] ANGERAND S., Arnaque à l’huile de palme (2011)

[8] LAURANCE W. F. et al., Improving the Performance of the Roundtable on Sustainable Palm Oil for Nature Conservation (2009)

[9] GREENPEACE, website

[10] FONDS FRANÇAIS POUR L’ALIMENTATION ET LA SANTE, Etats des lieux – L’huile de palme : aspects nutritionnels, sociaux et environnementaux (2012)